Entretiens sur la pluralité des mondes de Fontenelle : résumé, analyse et fiche de révision bac 2027

Résumé

Les Entretiens sur la pluralité des mondes sont un ouvrage de vulgarisation scientifique publié par Bernard Le Bouyer de Fontenelle en 1686 — un an avant les Principia de Newton qui mettent en avant la loi universelle de la gravitation. Le livre met en scène des conversations tenues, soir après soir, dans le parc d'un château : un philosophe y expose à une jeune marquise curieuse et spirituelle le système du monde selon Copernic et Descartes, et l'hypothèse audacieuse d'une pluralité de mondes habités. L'édition originale compte cinq soirs ; Fontenelle en ajoute un sixième dès l'année suivante.

La préface : instruire de manière plaisante

Dans sa préface, Fontenelle annonce son double pari : parler de philosophie « d'une manière qui ne fût point philosophique », c'est-à-dire rendre la science accessible sans la trahir. Dans l'esprit de l'esthétique classique qui prône le placere (plaire) et docere (instruire), l'auteur avance l'idée « d'instruire » et de « divertir ». Il s'adresse, grâce à son personnage féminin, expressément aux femmes du monde, tenues à l'écart du savoir par l'éducation de l'époque. Le choix de la Marquise comme interlocutrice est un manifeste : la science n'exige, dit-il en substance, pas plus d'application que la lecture d'un roman. Il prévient les objections religieuses qui pourraient s'élever au sujet des « habitants des mondes » en déclarant : « l'objection roule donc tout entière sur les hommes de la Lune (…) moi, je n'y en mets point. J'y mets des habitants qui ne sont point du tout des hommes. »

Premier soir — La Terre est une planète qui tourne sur elle-même, et autour du Soleil

La promenade nocturne dans le parc prend tout d'abord un tour poétique : « Il n'y avait pas un nuage qui dérobât ou qui obscurcît la moindre étoile, elles étaient toutes d'un or éclatant (…) ce spectacle me fit rêver » puis galant : « Mais la présence d'une si aimable dame ne me permit pas de m'abandonner à la Lune et aux étoiles. » Le débat sur la beauté du jour associée aux blondes et la beauté de la nuit associée aux brunes engage la conversation de manière légère. Devant le ciel étoilé, le philosophe entreprend de démonter les fausses évidences en s'appuyant pour cela sur l'histoire des sciences : il prend l'image d'un opéra dont on n'a pas deviné pendant longtemps les mécanismes cachés, les machines cachées dans les coulisses. Il explique donc que le Soleil ne tourne pas autour de la Terre. Il expose les anciens systèmes (Ptolémée), puis le système de Copernic, qui place le Soleil au centre et fait de la Terre une planète parmi d'autres, animée d'un double mouvement — rotation sur elle-même et révolution autour du Soleil. La comparaison avec une boule roulant dans les allées du jardin lui permet d'illustrer le double mouvement de la Terre : « avez-vous remarqué, lui répondis-je, qu'une boule qui roulerait sur cette allée aurait deux mouvements ? »

Deuxième soir — Que la Lune est une terre habitée

Le philosophe conduit la Marquise à une première conséquence vertigineuse : si la Terre est une planète comme les autres, pourquoi la Lune ne serait-elle pas une terre comme la nôtre ? Et habitée de surcroît. Le philosophe affirme que ce n'est pas parce que l'on ne voit pas d'habitants sur la Lune qu'il n'y en a pas. Il prend une comparaison avec des habitants de Paris qui depuis Notre-Dame ne pourraient apercevoir les habitants de Saint-Denis. La Marquise ne le croit pas tout d'abord en objectant que la Lune est lumineuse mais le philosophe lui prouve que la planète renvoie la lumière du Soleil et que la Terre fait de même : « nous ne nous apercevons pas qu'elle est lumineuse, faute de nous pouvoir mettre à quelque distance d'elle-même. » Le philosophe explique ensuite le phénomène des éclipses. Puis il décrit sa surface, ses montagnes et ses « mers » en évoquant la carte faite de la Lune par l'astronome italien Jean-Dominique Cassini. La Marquise, toujours curieuse, demande ensuite : « je serais bien aise de savoir encore plus en détail comment est fait le dedans du pays. » Le philosophe explique que l'on ne peut le savoir et s'en réfère alors à la littérature et à l'Orlando furioso d'Arioste. Le propos digresse alors sur des sujets plus galants. Lorsque le philosophe évoque la Lune comme le réceptacle des « soupirs des amants » il déclare : « N'y eût-il que vous, Madame, repris-je, vous y en avez fait aller un assez bon nombre. » Puis avec humour, le penseur déclare que la folie, elle, est demeurée sur Terre. La Marquise en revient alors aux hommes de la Lune pour en savoir plus à leur sujet. Le philosophe avoue son ignorance et développe un propos plus moral : « Nous nous voyons incessamment nous-mêmes et nous en sommes encore à deviner comment nous sommes faits. » La soirée s'achève par un pari du philosophe : « Je gage (…) qu'il pourra y avoir un jour du commerce entre la Terre et la Lune. » et il poursuit son développement en disant : « L'art de voler ne fait encore que naître, il se perfectionnera, et quelque jour on ira jusqu'à la Lune. » et il avance l'idée que les habitants de la Lune ont peut-être déjà commencé à voyager dans l'espace. Mais la Marquise perd patience et ne peut suivre les raisonnements du philosophe et celui-ci finit par avouer : « je veux seulement vous faire voir qu'on peut assez bien soutenir une opinion chimérique. »

Troisième soir — Particularités du monde de la Lune ; que les autres planètes sont habitées aussi

L'exploration se précise : le philosophe corrige et nuance les conjectures de la veille sur le monde lunaire : il montre que l'atmosphère de la Lune n'est pas la même que celle de la Terre. Il ne semble pas y avoir de nuage et donc pas d'arc-en-ciel. Il étudie la perception des couleurs, ses conditions de vie possibles : comme ce ne sont que des conjectures, la Marquise note : « vous savez seulement que tout est bien, sans savoir comment il est : c'est beaucoup d'ignorance sur bien peu de science. » Puis élargit le propos : ce qui vaut pour la Lune vaut pour les autres planètes, qui pourraient elles aussi être habitées : le raisonnement du philosophe part de l'idée que la matière est composée d'êtres infiniment petits que l'on ne peut voir à l'œil nu : « Enfin tout est vivant, tout est animé ». Il conclut par une question : « Croirez-vous qu'après qu'elle a poussé ici sa fécondité jusqu'à l'excès, elle a été pour toutes les autres planètes d'une stérilité à n'y rien produire de vivant ? » Le penseur explique que les êtres peuplant les différentes planètes sont nécessairement différents de nous, adaptés à leurs mondes. Le philosophe finit par demander à la Marquise : « Vous ai-je ouvert un assez grand champ à exercer votre imagination ? » Mais la Marquise réplique : « je ne vois qu'un grand je-ne-sais-quoi où je ne vois rien. » Le philosophe cherche alors à montrer à la Marquise que certaines réalités terrestres pourraient paraître très « extravagantes » si on les considérait comme propres à une autre planète et sont cependant « fort réelles » : il use pour illustrer cela de l'exemple du fonctionnement d'une ruche en la décrivant comme une société d'une planète lointaine et poursuit en évoquant aussi la bizarrerie résidant dans la métamorphose des insectes.

Quatrième soir — Particularités des mondes de Vénus, de Mercure, de Mars, de Jupiter, et de Saturne

Véritable voyage imaginaire à travers le système solaire : le philosophe passe en revue les planètes une à une, imaginant d'après leur distance au Soleil le tempérament de leurs éventuels habitants — vifs et brûlants près du Soleil, lents et flegmatiques dans les mondes glacés. La fantaisie assumée de ces portraits n'empêche pas la rigueur du principe : la diversité infinie de la nature. Le philosophe décide d'expliquer à la Marquise la théorie des tourbillons de Descartes : celle-ci réagit vivement et lui déclare alors de manière galante : « je ne vous connaissais pas de pareils emportements (…) c'est dommage qu'ils n'aient que les tourbillons pour objet. » La théorie des tourbillons permet d'expliquer les mouvements des planètes dans le ciel. La Marquise redoute le choc des planètes emportées par ce mouvement mais le philosophe la rassure en lui disant que l'équilibre est maintenu par une pesanteur propre à chacune et qui leur évite - comme l'huile et l'eau - de s'approcher. Cette considération inspire une réflexion plus sociale et politique à la Marquise : « Plût à Dieu qu'il y eut quelque chose de pareil qui les réglât parmi nous et qui fixât les gens dans les places qui leur sont naturellement convenables. » Les réflexions sur les habitants des quatre lunes de Jupiter mènent le philosophe à des réflexions critiques sur les superstitions et il cite en exemple Tycho Brahé « un des plus grands astronomes » qui ne peut pourtant s'empêcher d'être superstitieux : « Si en sortant de son logis la première personne qu'il rencontrait était une vieille (…) [il] croyait que la journée devait être malheureuse, et retournait promptement se renfermer chez lui, sans oser commencer la moindre chose. » Le propos prend une dimension perspectiviste : « Si la Terre est si petite à l'égard de Jupiter, Jupiter nous voit-il ? Je crains que nous lui soyons inconnus. » Après des considérations sur les habitants de Saturne en tout point opposés à ceux de Mercure la soirée s'achève par quelques réflexions plus philosophiques sur le bonheur : « faite que la philosophie me fournisse toujours des plaisirs nouveaux. » finit par déclarer la Marquise.

Cinquième soir — Que les étoiles fixes sont autant de soleils dont chacun éclaire le monde

La soirée s'ouvre par une remarque qui évoque la curiosité de la Marquise : « La Marquise sentit une vraie impatience de savoir ce que les étoiles fixes deviendraient. » Le sujet avait été annoncé la veille par le philosophe cependant, confrontée aux nouvelles réflexions du philosophe qui offre une perspective de plus en plus large à la Marquise en déclarant que chaque étoile fixe est un soleil qui éclaire peut-être ses propres mondes, celle-ci se sent perdue : « Mais, reprit-elle, voilà l'univers si grand que je m'y perds, je ne sais plus où je suis, je ne suis plus rien. […] Cela me confond, me trouble, m'épouvante. » Dans ce dernier élargissement, le plus vertigineux, l'univers se démultiplie en une infinité de tourbillons et de systèmes, et la Marquise développe alors des réflexions philosophiques : l'action de l'homme sur terre semble bien vaine : « Pour moi, je commence à voir la Terre si effroyablement petite que je ne crois pas avoir désormais d'empressement pour aucune chose (…) et quand on me reprochera mon indolence, je répondrai « Ah ! Si vous saviez ce que c'est que les étoiles fixes. » Le philosophe répond en effet que la connaissance de l'infiniment grand guérit de l'ambition et de l'inquiétude mais non de l'amour du beau ou de l'amour : « Les autres mondes vous rendent celui-ci petit, mais ils ne vous gâtent point de beaux yeux, ou une belle bouche, cela vaut toujours son prix en dépit de tous les mondes possibles. » et la Marquise poursuit : « C'est une étrange chose que l'amour répondit-elle en riant ; il se sauve de tout, et il n'y a point de système qui lui puisse faire de mal. » L'entretien se poursuit au sujet de la voie lactée et des comètes avec une rapide allusion aux superstitions qui leur sont attachées : « On se passerait bien de leur visite, elle ne sert qu'à faire peur. Ils ne font peur qu'aux enfants, répliquai-je (…) mais les enfants sont en grand nombre. » Le philosophe explique ensuite la véritable nature de la queue des comètes « une certaine sorte d'illumination qu'elles reçoivent du Soleil » mais qui est encore sujet de questions. Puis le philosophe explique à la Marquise que « des soleils s'éteignent » et il explique qu'il faut un temps long pour pouvoir observer ce phénomène : il s'appuie alors sur la comparaison avec des roses qui évoqueraient l'âge de leur jardinier et qui diraient : « nous avons toujours vu le même jardinier, de mémoire de rose on n'a vu que lui, il a toujours été fait comme il est, assurément il ne meurt point comme nous, il ne change seulement pas. » L'entretien s'achève par le constat que la Marquise est désormais « savante » mais le philosophe ajoute « avec la commodité de pouvoir ne rien croire de tout ce que je vous ai dit dès que l'envie vous en prendra. » et en lui demandant de promettre « de ne voir jamais le Soleil, ni le ciel, ni les étoiles, sans songer à moi. »

Sixième soir (1687) — Nouvelles pensées qui confirment celles des derniers entretiens précédents. Dernières découvertes qui ont été faites dans le ciel.

La Marquise accuse le philosophe de lui avoir enseigné des connaissances que ses amis ne peuvent pas croire. Le philosophe rétorque alors qu'elle ne devait pas évoquer un sujet si sérieux avec des gens qui s'adonnent si peu à l'exercice intellectuel : « Contentons-nous d'être une petite troupe choisie qui les croyons, et ne divulguons pas nos mystères dans le peuple. » La Marquise est indignée que le philosophe ose rattacher ses amis au peuple mais celui-ci s'explique : « Ils ont bien de l'esprit (…) mais ils ne raisonnent jamais. » Le philosophe poursuit ses réflexions en montrant combien l'usage de la raison est difficile car souvent devancé et concurrencé par la vue : « La raison vient trop tard, le premier coup d'œil a fait son effet sur nous avant elle (…) On ne persuade pas facilement aux hommes de mettre leur raison en place de leurs yeux. » Le philosophe en vient ensuite à avancer une nouvelle preuve de l'idée que la Terre tourne sur elle-même en s'appuyant sur son temps de rotation qui « attribue ce mouvement à tous les corps célestes ». Le philosophe évoque ensuite une évolution de l'apparence de la Lune et la Marquise en vient à demander : « arrive-t-il sur le Terre des changements considérables ? » Le penseur répond en s'appuyant sur l'histoire de la géologie qui permet de découvrir des coquillages sur des montagnes. Il évoque aussi le mouvement des continents : « la Sicile a été séparée de l'Italie ». Et le philosophe poursuit en disant que les changements d'apparence de la Terre sont moins importants que ceux de Jupiter ou de Mars. Puis il poursuit en évoquant un sujet sur lequel il doit se dédire : « je dois me dédire de ce que je vous avais dit, que la Lune ne devait pas avoir de crépuscule, faute d'être environnée d'un air épais ainsi que la Terre. » (renvoie aux affirmations du 3e soir). La soirée s'achève par l'évocation des observations astronomiques chinoises qui surprennent fort le philosophe par leur caractère inattendu. Le propos se clôture par un éloge du génie européen qui « ne se renferme pas dans les sciences et dans les spéculations sèches (…) [et] s'étend jusqu'aux choses d'agrément. »

Analyse

Un dispositif littéraire au service de la science

Le coup de génie de Fontenelle est un choix de forme : plutôt que le traité savant, le dialogue galant. Le savoir n'est pas exposé, il est mis en scène — dans un cadre (le parc, la nuit étoilée), avec des personnages (le philosophe, la Marquise), une progression dramatique (un soir, une révélation) et un ton, celui de la conversation mondaine. Ce dispositif n'est pas un simple habillage : il incarne une thèse. Si la science peut se dire dans la langue de la galanterie, c'est qu'elle n'est pas réservée aux doctes ; la structure en « soirs » transforme l'apprentissage en aventure partagée, avec son suspense et ses paliers.

La méthode : l'image, l'analogie, le raisonnement

Fontenelle vulgarise par trois instruments. L'image familière d'abord : l'opéra et ses machines, le jardinier et ses roses — chaque abstraction est ramenée à une expérience commune. L'analogie ensuite : c'est le moteur argumentatif du livre (la Lune ressemble à la Terre, donc elle peut être habitée), utilisée avec une prudence explicite qui distingue la conjecture vraisemblable de la certitude. La progression pédagogique enfin : chaque soir s'appuie sur le précédent, et la Marquise, loin d'être passive, objecte, résume, anticipe — modèle du lecteur actif que le livre veut former.

Registres : la gaieté sérieuse

Le registre dominant est celui de l'esprit : badinage galant, pointes, paradoxes plaisants. Mais cette légèreté est une politesse de la profondeur. Sous le marivaudage astronomique affleurent des enjeux graves : le décentrement de la Terre (et de l'homme) dans l'univers, la critique implicite des préjugés et des fausses évidences, la substitution du vraisemblable démontrable au dogme reçu. Le vertige du cinquième soir introduit même une tonalité presque sublime — l'effroi devant les espaces infinis — que Fontenelle, à la différence de Pascal, convertit en émerveillement serein.

Une œuvre-charnière vers les Lumières

Publiés en 1686, les Entretiens annoncent l'esprit du XVIIIᵉ siècle : confiance dans la raison, goût de l'examen, volonté de diffuser le savoir hors des cercles savants, attention nouvelle au public féminin. Fontenelle, futur secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, invente ici un genre — la vulgarisation scientifique comme œuvre littéraire — dont l'Encyclopédie recueillera l'héritage.

Le parcours : « Le goût de la science »

Le parcours « Le goût de la science », associé aux Entretiens au programme du bac de français 2026, explore l'art de la vulgarisation scientifique et le rôle de la galanterie dans la transmission du savoir.

Avoir « le goût de la science », c'est d'abord éprouver le plaisir de comprendre. Tout le livre est construit pour susciter ce plaisir : la curiosité y est traitée non comme un défaut (la curiosité « féminine » moquée par la tradition) mais comme la première des vertus intellectuelles — c'est elle, avec nos « yeux mauvais », qui fonde toute la philosophie. La Marquise incarne ce goût naissant : d'abord amusée, puis conquise, elle finit par réclamer ses leçons d'astronomie comme on réclame la suite d'un roman.

Le parcours invite ensuite à interroger les moyens de cette transmission : que gagne — et que risque — la science à se faire littérature ? La galanterie n'est pas un ornement mais une méthode : le dialogue oblige à la clarté, l'image rend sensible l'abstrait, le plaisir soutient l'attention. Mais le sujet inverse mérite d'être discuté : à trop vouloir plaire, la vulgarisation ne simplifie-t-elle pas ? Fontenelle lui-même désamorce l'objection par sa prudence affichée — distinguer ce qu'on sait de ce qu'on conjecture — et par l'idée qu'il vaut mieux une vérité aimable qu'une vérité inaccessible.

Pour la dissertation, ce parcours appelle des sujets sur l'alliance du plaire et de l'instruire, sur le rôle du dialogue et de la fiction dans la diffusion du savoir, et sur la naissance de l'esprit scientifique moderne : faut-il séduire pour enseigner ? La science a-t-elle besoin de la littérature ?

Personnages

  • Le philosophe (le narrateur) — Double transparent de Fontenelle, il est le maître de ce petit théâtre pédagogique. Savant sans pédanterie, galant sans fadeur, il pratique un enseignement fondé sur l'image, l'analogie et l'humour, et revendique une posture intellectuelle neuve : affirmer peu, conjecturer avec prudence, préférer le vraisemblable démontré au dogme. Son plaisir d'enseigner répond au plaisir d'apprendre de son élève.
  • La marquise de G*** — Jeune femme du monde, vive, spirituelle et sans formation scientifique, elle est bien plus qu'une élève : ses questions relancent le dialogue, ses objections obligent le philosophe à préciser sa pensée, ses résumés valident chaque étape. Figure du lecteur idéal, elle incarne aussi une thèse polémique pour l'époque : les femmes ont un droit égal au savoir. Son itinéraire — de la curiosité amusée au vertige, puis à l'émerveillement raisonné — dessine la trajectoire même que le livre propose à son lecteur.

Thèmes

La vulgarisation : rendre la science aimable

Thème central du livre et du parcours : comment dire le savoir à ceux qui n'en ont pas les codes ? Fontenelle répond par un art complet — cadre romanesque, dialogue, images familières, progression graduée — qui fait des Entretiens le premier grand classique de la vulgarisation scientifique. L'enjeu dépasse la pédagogie : c'est l'idée, révolutionnaire en 1686, que le savoir est un bien commun.

La curiosité, vertu de l'esprit

La tradition morale et religieuse se méfiait de la curiosité ; Fontenelle la réhabilite en principe de toute philosophie. La curiosité de la Marquise n'est jamais moquée : elle est le moteur du livre. Ce renversement annonce les Lumières, qui feront de « l'audace de savoir » leur devise.

Le décentrement de l'homme dans l'univers

De soir en soir, la Terre perd son statut central : planète parmi d'autres, puis point dans un système, puis rien dans une infinité de mondes. Ce décentrement cosmologique est aussi un décentrement philosophique : l'homme n'est plus la mesure de toutes choses. Fontenelle en tire non un désespoir, mais une leçon de modestie et d'émerveillement.

Le doute et la conjecture

Le livre enseigne moins des résultats qu'une attitude : distinguer le certain du vraisemblable, raisonner par analogie sans conclure trop vite, garder « une moitié de l'esprit » disponible pour le contraire. Cette éthique de la croyance mesurée est peut-être la leçon la plus moderne des Entretiens.

La place des femmes dans le savoir

En choisissant une marquise pour interlocutrice et les mondaines pour public déclaré, Fontenelle prend position dans un débat de son siècle : l'accès des femmes à la culture scientifique. La Marquise n'est ni une précieuse ridicule ni une élève docile : elle comprend vite, objecte juste, et son esprit vaut celui de son maître — démonstration en acte de l'égalité des intelligences.

Le plaisir d'apprendre

Fil conducteur du parcours : l'apprentissage, dans les Entretiens, n'est jamais une peine mais une fête de l'esprit — promenade, conversation, jeu. Cette alliance du plaire et de l'instruire, héritée de l'idéal classique, fait du livre un art d'apprendre autant qu'un exposé de science.

Citations pour le bac

Toute la philosophie n'est fondée que sur deux choses, sur ce qu'on a l'esprit curieux et les yeux mauvais.

Premier soir

À mobiliser pour : la définition de la démarche scientifique : curiosité et limites des sens.

Je me figure toujours que la nature est un grand spectacle qui ressemble à celui de l'opéra.

Premier soir

À mobiliser pour : la vulgarisation par l'image : chercher la machinerie cachée derrière le spectacle.

Nous avons toujours vu le même jardinier, de mémoire de rose on n'a vu que lui, il a toujours été fait comme il est, assurément il ne meurt point comme nous.

Cinquième soir (le mot des roses)

À mobiliser pour : les limites de notre point de vue sur l'univers : l'échelle du temps.

Il faut ne donner que la moitié de son esprit aux choses de cette espèce que l'on croit, et en réserver une autre moitié libre, où le contraire puisse être admis, s'il en est besoin.

Troisième soir

À mobiliser pour : le doute méthodique et la prudence scientifique.