Le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes : résumé, analyse et fiche bac 2027

Résumé

Le Chevalier de la charrette est un roman en vers écrit vers 1177-1181. Chrétien de Troyes ne l'avait pas découpé en chapitres : ce sont les éditions modernes qui ajoutent des divisions et des titres, et le découpage varie un peu de l'une à l'autre.

Le prologue

Chrétien de Troyes explique qu'il écrit ce roman à la demande de « ma dame de Champagne », c'est-à-dire Marie de Champagne, fille d'Aliénor d'Aquitaine. Il précise, avec une modestie polie, que c'est elle qui lui a fourni la « matière » (le sujet) et le « sens » (la façon de le traiter), et que lui n'y met que son travail et son application. C'est une information importante : Chrétien se met en retrait, comme s'il n'assumait pas totalement l'histoire qu'il va raconter — une histoire d'amour adultère entre Lancelot et la reine.

L'arrivée de Méléagant et le défi

Le jour de l'Ascension, le roi Arthur tient une cour magnifique à Camelot. Après le repas, un chevalier inconnu et armé entre dans la salle. Il annonce qu'il retient prisonniers, dans son pays, de nombreux chevaliers, dames et demoiselles du royaume d'Arthur — mais il ne vient pas les rendre : il vient dire au roi qu'il n'a ni la force ni les moyens de les délivrer. Puis il lance un défi : si un chevalier de la cour est jugé assez valeureux pour conduire la reine Guenièvre derrière lui dans la forêt, il l'y attendra ; et si ce chevalier parvient à la lui reprendre en combat singulier, il libérera tous les prisonniers. Ce chevalier est Méléagant, fils du roi Bademagu, mais son nom n'est révélé que plus tard.

Le chantage de Keu : le « don contraignant »

Le sénéchal Keu vient alors annoncer au roi qu'il quitte la cour. Arthur, désolé, le supplie de rester ; comme Keu refuse, le roi demande à la reine d'intervenir. Guenièvre se jette aux pieds de Keu, qui, gêné, finit par poser sa condition : il restera si le roi lui accorde d'avance ce qu'il demandera. Arthur accepte — c'est le fameux « don contraignant », cette promesse imprudente faite sans savoir ce qu'on promet. Keu réclame aussitôt de conduire la reine au chevalier qui l'attend dans la forêt. Le roi est lié par sa parole et doit céder, la mort dans l'âme. Toute la cour se lamente. Gauvain juge la décision folle et propose de les suivre à distance ; ils s'arment et partent.

L'enlèvement de la reine : un chevalier inconnu part à sa poursuite

Peu après, ils voient revenir le cheval de Keu, sans cavalier, les rênes brisées, les étriers ensanglantés : Keu a été vaincu et la reine emmenée. Gauvain, qui a emmené deux chevaux de rechange, pousse en avant. Il croise un chevalier à pied, entièrement armé, dont le cheval est mort d'épuisement. L'inconnu lui demande un cheval ; Gauvain le lui donne. L'homme repart au galop avec une telle fureur qu'il crève ce cheval-là aussi. Gauvain retrouve plus loin le sol piétiné, des lances et des écus brisés : une grande bataille a eu lieu. Ce chevalier acharné, c'est Lancelot — mais ni Gauvain ni le lecteur ne connaissent encore son nom.

La charrette : un supplice infamant

Gauvain aperçoit alors le chevalier qui marche à pied à côté d'une charrette conduite par un nain. Chrétien s'arrête pour expliquer ce qu'était une charrette à cette époque : un instrument d'infamie, l'équivalent du pilori. On y exposait les traîtres, les meurtriers, les voleurs, les vaincus des duels judiciaires, et on les promenait par les rues ; celui qui y était monté perdait tout honneur et n'était plus jamais reçu à la cour. Le chevalier demande au nain s'il a vu passer la reine. Le nain répond qu'il le lui dira… à condition qu'il monte dans la charrette. Le chevalier hésite le temps de deux pas seulement, puis y monte. Chrétien commente cette hésitation : la Raison, qui lui parle « dans la bouche » et non dans le cœur, lui conseille d'éviter cette honte ; mais Amour, enfermé dans son cœur, lui ordonne d'y monter sans tarder. Il obéit à Amour. Gauvain, lui, refuse l'invitation du nain : il préfère suivre à cheval.

Le château de la demoiselle et le lit périlleux

Le soir, ils arrivent dans une ville où les habitants se moquent du chevalier de la charrette et demandent en riant s'il sera écorché, pendu, noyé ou brûlé. Une demoiselle les héberge dans sa tour. Elle fait préparer deux lits pour eux, mais il y en a un troisième, beaucoup plus riche, couvert d'une étoffe de soie brodée d'or. Elle avertit : ce lit est interdit, et surtout à un homme monté dans une charrette ; celui qui s'y couchera le paiera cher. Le chevalier s'y couche quand même. Au milieu de la nuit, une lance enflammée tombe du plafond comme la foudre, pointe en avant, pour le clouer au lit. Elle lui effleure le flanc et met le feu aux draps. Le chevalier se lève, éteint l'incendie, jette la lance au milieu de la salle, se recouche et se rendort tranquillement.

La vision du cortège de la reine

Au matin, après la messe, Lancelot regarde par la fenêtre et voit passer dans la prairie un cortège : une litière portant un chevalier mort, des demoiselles en pleurs et en « grand deuil », puis un chevalier conduisant une dame — la reine Guenièvre. « De sa fenêtre, notre chevalier la reconnut : c'était la reine. » Il la contemple avec ravissement et, quand elle disparaît de sa vue, il veut se jeter par la fenêtre. Gauvain le retient de justesse par le corps et le ramène à l'intérieur. Ils tentent de rattraper le cortège mais ne le peuvent pas.

Le carrefour et les deux ponts

Après avoir quitté le château, les deux chevaliers rencontrent une demoiselle et l'interrogent « pour qu'elle leur dise, si elle le sait, où l'on a emmené la reine ». Elle leur indique la route du royaume de Gorre — ce pays étrange dont, dit-on, aucun étranger ne revient, et où sont retenus les prisonniers de Logres, le royaume d'Arthur. Il y a deux passages, tous deux terrifiants : le Pont sous l'Eau, une passerelle immergée, et le Pont de l'Épée. Gauvain choisit le premier, le chevalier de la charrette choisit le second, le plus périlleux. Ils se séparent. La demoiselle, au passage, réclame un « don » que le chevalier lui promet sans savoir ce que ce sera : « Chacun de vous doit me donner en échange une récompense à mon gré, quelle que soit l'heure où je voudrai l'obtenir ; veillez à ne pas l'oublier. »

La rêverie amoureuse et le gué gardé

Le chevalier chevauche si profondément absorbé dans ses pensées d'Amour qu'il ne s'appartient plus : « L'homme de la charrette est plongé dans sa méditation en homme sans force et sans défense envers Amour qui le gouverne. » Il arrive à un gué gardé par un chevalier qui lui crie de s'arrêter ; il n'entend rien, avance, et se fait jeter à l'eau — il se réveille alors d'un bond. Sorti de sa rêverie, il combat le chevalier inconnu : « Mais le combat se prolonge et un sentiment de honte envahit le cœur du chevalier de la charrette ; il se dit qu'il aura du mal à s'acquitter de la dette, celle qui l'a lancé dans ce chemin de l'aventure. » Il l'emporte finalement, puis fait grâce au vaincu à la prière d'une demoiselle.

La demoiselle entreprenante

Une demoiselle lui offre l'hospitalité, mais à une condition : il devra coucher avec elle. Il accepte à contrecœur, par nécessité. Le soir, il la découvre apparemment agressée par un chevalier et des hommes d'armes ; l'honneur lui commande de la secourir, et il les met en fuite. Tout était en réalité une mise en scène destinée à l'éprouver. Il doit alors tenir sa promesse : il s'allonge près d'elle, mais tout habillé, immobile et silencieux, sans un geste. La demoiselle comprend qu'il aime ailleurs et le libère de sa parole.

Le peigne aux cheveux d'or

Le lendemain, la demoiselle demande à Lancelot de pouvoir le suivre afin qu'il l'escorte selon la coutume du royaume de Logres, ce qu'il accepte. Ils partent à cheval, mais Lancelot ne lui parle pas : « Penser lui plaît, parler l'ennuie. Amour lui rouvre souvent la plaie qu'il a faite. Aucun emplâtre n'a jamais été mis pour soigner la blessure et guérir le malade. » Près d'une fontaine, sur une pierre, ils trouvent un peigne d'ivoire où sont restés quelques cheveux blonds. Elle lui apprend qu'ils appartiennent à la reine. Le chevalier manque de défaillir, prend les cheveux, les baise, les caresse, les glisse contre sa poitrine près de son cœur.

Le chevalier amoureux et le terrain de jeu

Lancelot doit ensuite défendre la demoiselle contre un chevalier arrogant qui veut l'enlever : il l'aime depuis longtemps, mais la jeune fille le rejette et demande à Lancelot de la défendre. Ils se dirigent vers un terrain de joute où se trouvent d'autres jeunes gens qui jouent à divers jeux. Ceux-ci se dispersent en reconnaissant le chevalier de la charrette : « Voyez, voyez le chevalier qui fut emmené sur la charrette ! Que personne ne participe à des jeux tant qu'il sera là ! » Le seigneur des lieux, père du chevalier amoureux, interdit à son fils d'affronter un chevalier qu'il juge dangereux pour lui : il lui propose de les suivre pour découvrir l'identité de ce mystérieux chevalier.

Le cimetière prophétique

Lancelot et la demoiselle partent, suivis du père et de son fils. Ils arrivent devant une église dont le cimetière contient de superbes tombeaux portant déjà les noms de chevaliers d'Arthur — Gauvain, Yvain, Loholt — comme s'ils y étaient attendus. Une dalle immense, que nul ne peut soulever, porte une inscription : celui qui la lèvera délivrera tous les captifs du royaume. Le chevalier la soulève sans effort, sous les yeux stupéfaits d'un moine, qui « ne pensait voir une telle merveille de toute sa vie ». Le seigneur et son fils arrivent ensuite et interrogent le moine qui a assisté au prodige : en apprenant la valeur exceptionnelle du chevalier qu'ils suivaient, ils décident de rebrousser chemin. La demoiselle, de son côté, ne parvient pas à obtenir du chevalier qu'il lui révèle son nom et s'en retourne également. Lancelot poursuit sa route seul.

La nuit chez le vavasseur prisonnier

Lancelot est accueilli chez un vavasseur : il est chaleureusement reçu par toute la famille, qui lui révèle faire partie des prisonniers originaires de Logres. Ils s'inquiètent pour lui : « Tout étranger qui vient par ici est obligé de rester comme attaché à cette terre. » Le vavasseur, ayant entendu parler d'un chevalier valeureux venu délivrer la reine, comprend qu'il doit s'agir de celui qu'il héberge et lui propose son aide. Ses deux fils décident d'accompagner Lancelot.

Le passage des Pierres

Lancelot, accompagné des deux fils du vavasseur, aborde un passage étroit, une brèche connue comme le passage des Pierres. L'endroit est fortifié par une bretèche — une fortification munie de créneaux — d'où sortent des guerriers portant des haches qui le menacent. Un chevalier l'insulte et lui reproche d'être monté sur la charrette, mais Lancelot parvient à le vaincre ; les guerriers qui demeurent font mine de s'attaquer à lui, mais « ils font exprès de le manquer ».

La révolte des gens de Logres

Lancelot et les deux jeunes chevaliers apprennent que les gens de Logres se révoltent et s'empressent d'aller leur porter secours. Ils sont d'abord piégés dans une forteresse : l'anneau magique offert par la fée qui l'a élevé permet à Lancelot de comprendre que la prison n'est pas magique, et ils s'attellent à en briser les portes. Après avoir compris de quel côté de la bataille se tenaient les gens de Logres, ils combattent à leurs côtés. Lancelot s'illustre par ses prouesses : « Il rejoignit dans la bataille son frère et son seigneur, lequel avait fait merveille dans la mêlée pendant longtemps, ayant rompu, fendu, mis en miettes écus, lances et hauberts. » Sa réputation se répand — « Seigneurs, c'est celui qui nous tirera tous de l'exil » — et le narrateur ajoute que le succès des révoltés fut obtenu « grâce aux exploits d'un seul chevalier ». Tous les seigneurs veulent alors le recevoir chez eux ; ils en viennent à se quereller, et Lancelot leur reproche leur manque de sagesse et parvient à les apaiser. Il est accueilli chez un chevalier aisé qui le reçoit avec tous les honneurs, et poursuit sa route le lendemain.

Le combat contre le chevalier arrogant

Le lendemain, tard, il est accueilli par une dame et sa famille. Au cours du repas survient un chevalier « qui se présenta sur le seuil de la porte ; il était plus orgueilleux qu'un taureau ». Il défie Lancelot en l'insultant : « Qui est celui qui a tant de sottise et d'orgueil, et la tête si vide de cervelle, qu'il est venu dans ce pays avec l'idée de passer le Pont de l'Épée ? » Puis il lui rappelle qu'il est monté sur la charrette. Lancelot l'affronte dans un terrible combat, le vainc et lui accorde grâce lorsque le vaincu le supplie. Survient alors une jeune fille qui le sollicite : « Je veux te demander un don. » Lancelot le lui accorde — elle exige la tête du chevalier vaincu. Le voilà pris dans un dilemme : la pitié lui commande d'épargner celui qui implore grâce, la générosité de tenir sa promesse. Il trouve une solution : il rend ses armes au vaincu et lui offre un second combat loyal. Il le bat de nouveau, lui tranche la tête et la donne à la demoiselle, qui lui promet une récompense : « Un présent de ma part t'attend, que tu recevras juste au bon moment. »

Le Pont de l'Épée

Après avoir forcé un passage gardé, Lancelot parvient au Pont de l'Épée : une lame d'acier aiguisée, longue de deux lances, jetée au-dessus d'une eau noire et glacée, avec, sur l'autre rive, deux lions enchaînés. Ses compagnons le supplient de renoncer. Il ôte l'armure de ses mains et de ses pieds pour mieux s'agripper, et traverse à quatre pattes sur le tranchant, se déchirant les mains, les genoux et les pieds — « Amour qui le conduit et mène, lui faisant trouver douce cette souffrance ». Arrivé de l'autre côté, il constate que les lions n'existent pas : c'était une illusion, que son anneau magique lui permet de percer.

Bademagu, Méléagant et le premier duel

Du haut d'une tour, le roi Bademagu et son fils Méléagant ont assisté à la traversée. Bademagu, courtois et sage, conseille à son fils de rendre la reine de bonne grâce ; Méléagant, violent et orgueilleux, exige le combat. Le duel a lieu. La reine le regarde d'une fenêtre. Lancelot semble flancher en raison des blessures faites sur le Pont de l'Épée. Une demoiselle « sensée » comprend qu'il serait encouragé s'il savait la reine en train de l'observer. Elle demande son nom à la reine, qui répond : « Lancelot du Lac ». C'est la première fois, après plus de 3 500 vers, que le héros est nommé. La jeune fille s'écrie alors : « Lancelot ! Retourne-toi et regarde qui est là, les yeux fixés sur toi ! » Averti que la reine le regarde, Lancelot combat sans la quitter des yeux, à demi retourné. Le voyant se mettre en difficulté, la jeune fille intervient de nouveau : « Ah ! Lancelot ! Est-il possible que tu te comportes si stupidement ! » Lancelot réagit et reprend le dessus : « Et sa force et son audace grandissent sous l'effet d'Amour qui lui apporte un grand secours. » Il écrase Méléagant. Bademagu supplie la reine d'intervenir : elle prononce un mot, et Lancelot s'arrête net, en pleine victoire. L'obéissance est absolue, voulue à la fois par le code courtois et par l'amour : « Celui qui aime se montre obéissant et s'empresse de se conformer, s'il est parfait, au désir de son amie. Il fallait donc bien que Lancelot obéisse, puisqu'il est plus amoureux que ne le fut Pyrame, si jamais homme a pu aimer mieux que lui. » Un accord est conclu : la reine et les prisonniers seront libres, et le combat reprendra dans un an à la cour d'Arthur.

L'accueil glacé de la reine, et Keu

Lancelot est conduit à Guenièvre — qui refuse de le regarder, ne lui adresse pas un mot et se détourne. Lancelot ne comprend pas la cause de cet accueil. Il rencontre ensuite Keu, qui l'accueille de façon tout aussi froide : « Comme tu m'as couvert de honte ! » Il lui reproche d'avoir réussi là où lui a échoué, et lui apprend les traîtrises de Méléagant, qui a cherché à le faire mourir alors que Bademagu cherchait à le soigner. Le héros repart chercher Gauvain.

Les rumeurs de mort

Une rumeur annonce à la reine que Lancelot est mort. Elle cesse de boire et de manger, veut mourir, et s'accuse en secret de sa cruauté. Puis c'est à Lancelot qu'on annonce la mort de la reine : il tente de se pendre avec la courroie de sa selle, et ses compagnons le sauvent de justesse. Il évoque avec tristesse les raisons pour lesquelles la reine a pu le mépriser : il croit qu'elle lui reproche d'être monté sur la charrette. « Elle aurait dû mettre cela au compte de l'Amour car c'en est la pierre de touche. C'est ainsi qu'Amour met les siens à l'épreuve. » Chacun apprend ensuite que l'autre est vivant.

L'explication et la nuit d'amour

Lorsqu'ils se retrouvent, la reine lui révèle enfin la raison de sa froideur : les deux pas d'hésitation devant la charrette. Il aurait dû y monter sans réfléchir. Lancelot reconnaît sa faute et demande pardon ; elle lui accorde un rendez-vous nocturne à sa fenêtre. La nuit venue, il tord à mains nues les barreaux de fer, se coupant profondément les doigts sans même s'en apercevoir, et passe la nuit avec elle. Chrétien refuse de raconter la scène : il y eut des joies « dont il ne convient pas de parler ». Au petit matin, Lancelot se retire en s'inclinant devant la chambre comme devant un autel, et remet les barreaux en place.

L'accusation de Keu

On découvre du sang sur les draps de la reine. Keu, blessé, dort dans la même chambre et ses plaies ont saigné : Méléagant accuse la reine d'adultère avec le sénéchal. La reine fait appeler secrètement Lancelot pour qu'il accoure à son aide. Lui, qui sait d'où vient le sang, offre de défendre l'honneur de la reine en combat judiciaire. Les deux chevaliers prêtent serment, et Lancelot précise : « Si j'ai la chance aujourd'hui de vaincre Méléagant, sans autre aide que celle de Dieu et des reliques ici présentes, je ne lui accorderai aucune grâce. » Bademagu, connaissant la valeur de Lancelot, craint alors pour la vie de son fils. Le nouveau duel s'engage, mais de nouveau Bademagu prie la reine d'interrompre le combat. On convient d'un nouveau report à un an.

La trahison et la prison

Lancelot part à la recherche de Gauvain, qu'on repêche à demi noyé au Pont sous l'Eau. Mais les hommes de Méléagant l'attirent dans un piège et l'emprisonnent, tandis qu'une fausse lettre annonce à la cour qu'il est rentré sain et sauf. La reine et Gauvain regagnent donc Logres en toute confiance. Méléagant confie Lancelot à un sénéchal.

Le tournoi de Noauz

La femme du sénéchal, prise de pitié, laisse Lancelot se rendre à un grand tournoi, sur parole. Il y combat sous des armes vermeilles, inconnu de tous. La reine le soupçonne et décide de l'éprouver : elle lui fait dire de combattre « au noauz », c'est-à-dire au pire. Il obéit aussitôt, se conduit en lâche et devient la risée de l'assistance. Puis elle lui fait dire de faire « au mieux » : il triomphe de tous. La reine acquiert ainsi la confirmation qu'il s'agit de Lancelot. Fidèle à sa promesse, le chevalier vermeil s'enfuit à la fin du tournoi afin de retourner en prison.

La tour sans porte

Le sénéchal découvre que sa femme a libéré Lancelot pour quelques jours et l'avoue à son seigneur Méléagant. Celui-ci, furieux, fait murer Lancelot dans une tour au bord de la mer, sans porte ni escalier, avec une simple fenêtre pour lui passer sa nourriture. Méléagant se rend ensuite à la cour du roi Arthur afin de se plaindre de Lancelot, qui ne respecte pas son engagement : il devait se présenter au bout d'un an pour l'affronter. Gauvain se porte volontaire pour le remplacer s'il n'est pas retrouvé. Méléagant se rend enfin à la cour de son père pour lui annoncer qu'il affrontera Gauvain à défaut de Lancelot. Le roi, furieux, lui reproche son orgueil : « En vérité un cœur noble choisit l'humilité, tandis qu'un homme d'une folle outrecuidance ne se débarrasse jamais de sa folie. […] Il ne convient pas à un homme de bien de faire l'éloge de son courage pour rehausser ses actions ; les faits parlent d'eux-mêmes. »

La sœur de Méléagant délivre Lancelot

La sœur de Méléagant — la demoiselle à qui Lancelot avait donné la tête du vaincu — décide de partir à sa recherche et finit, au terme d'une longue quête, par découvrir la tour où il est retenu. Elle entend ses plaintes, lui fait passer un pic et l'aide à sortir. Tous deux s'éloignent sur la mule de la jeune femme jusqu'à un endroit sûr qu'elle connaît bien : là, elle prend soin de lui et « lui rendit sa fraîcheur et sa santé, ce fut un complet changement, une métamorphose ». Lancelot lui demande alors l'autorisation de se rendre à la cour du roi Arthur.

Le combat final

Lancelot arrive à la cour d'Arthur au moment précis où Gauvain allait combattre à sa place. La reine ne peut le rejoindre sous peine de dévoiler ses sentiments : elle choisit d'attendre un moment plus propice pour retrouver son amant. Le duel a lieu devant toute la cour, dans un cadre magnifique : non loin du donjon où se trouvent les dames, dont la reine, et dans une lande arrosée d'une source. Le roi s'installe sous un sycomore pour assister au combat. Lancelot désarme Méléagant, lui tranche le bras, puis la tête. Le roman s'achève dans la joie générale.

Épilogue

Un épilogue précise que le roman a été terminé par un certain Godefroi de Lagny, avec l'accord de Chrétien, à partir du moment où Lancelot est emprisonné dans la tour : « Mais que personne ne lui reproche d'avoir continué le travail de Chrétien, car il l'a fait avec le complet accord de Chrétien qui l'a commencé. » « Ici se termine le roman de Lancelot de la charrette. »

Analyse

Un héros sans nom

Le trait le plus frappant de la construction du roman est l'anonymat du héros. Pendant plus de 3 500 vers, il n'est que « le chevalier », puis « le chevalier de la charrette » — désigné par sa honte, non par son lignage. Son nom, Lancelot du Lac, ne tombe qu'au moment du premier duel contre Méléagant, et c'est la reine qui le prononce. Le procédé n'est pas un simple effet de suspense : il dit que l'identité du héros lui vient d'elle. Nommé par la femme qu'il aime, au moment où elle le regarde combattre, Lancelot n'existe que par ce regard.

La charrette, ou l'honneur sacrifié

Deux pas d'hésitation : c'est tout ce que le roman reproche à son héros, et c'est pourtant le nœud de l'œuvre. Chrétien met en scène un conflit allégorique entre Raison, qui parle « dans la bouche », et Amour, qui est « enfermé dans le cœur » — la localisation dit déjà lequel des deux l'emporte. En montant dans la charrette des condamnés, Lancelot accepte de perdre ce qui fonde un chevalier : son honneur public. Il en paiera le prix tout au long du roman, moqué par les habitants, écarté des jeux, insulté par ses adversaires. Et la reine, loin de l'en louer, lui reproche d'avoir hésité : l'exigence de l'amour est absolue, elle ne souffre aucun calcul.

L'amour comme religion

Le vocabulaire du roman emprunte constamment au registre religieux. Lancelot se prosterne devant la chambre de la reine « comme devant un autel » ; les cheveux trouvés sur le peigne sont traités en reliques, baisés et portés contre le cœur ; la traversée du Pont de l'Épée, mains et pieds nus et sanglants, dessine une figure de martyre. Cette sacralisation de la dame est l'audace majeure de Chrétien — et sans doute la raison pour laquelle il prend soin, dès le prologue, de rappeler que le sujet lui a été imposé par Marie de Champagne.

Un roman d'épreuves

La structure est celle de la quête : une série d'épreuves de plus en plus dures, dont chacune éprouve moins la force du chevalier que la qualité de son amour. Le lit périlleux teste son courage, la demoiselle entreprenante sa fidélité, le gué son attention, le cimetière sa valeur élue, le Pont de l'Épée son endurance, le tournoi de Noauz son obéissance. Cette dernière épreuve est la plus révélatrice : combattre « au pire », accepter publiquement le ridicule sur un simple mot de la reine, est un sacrifice plus grand encore que la charrette.

Le merveilleux au service du sens

Chrétien manie un merveilleux qui n'est jamais gratuit. La lance enflammée, la dalle que nul ne peut lever, les lions du Pont de l'Épée qui se révèlent illusoires, l'anneau qui démasque les enchantements : tous ces motifs servent à désigner l'élu. Le merveilleux, ici, ne fait pas peur — il révèle. Et le royaume de Gorre, dont nul étranger ne revient, fonctionne comme un au-delà dont Lancelot ramène les captifs, ce qui a permis d'y lire une trame de descente aux enfers.

Le parcours : « Le roman et l'invention de l'amour »

Le parcours associé au Chevalier de la charrette au programme du bac de français 2027 invite à examiner comment le roman façonne une manière neuve d'écrire l'amour.

Avant Chrétien, la grande histoire d'amour de la littérature française est celle de Tristan et Iseut : une passion subie, causée par un philtre, qui détruit ceux qu'elle frappe. Chrétien renverse ce modèle. Chez lui, l'amour est un choix — Lancelot obéit à Amour contre Raison — et il élève celui qui le traverse : c'est parce qu'il aime que le chevalier soulève la dalle, franchit le Pont de l'Épée, triomphe de Méléagant. Sa force « grandit sous l'effet d'Amour ».

Cette invention a un nom, la fin'amor, et un code, que le roman met en récit : la dame est supérieure, l'amant est son vassal, il lui doit obéissance absolue, et le service amoureux se prouve par l'épreuve consentie. La souffrance y devient douce — « Amour qui le conduit et mène, lui faisant trouver douce cette souffrance » —, la blessure ne se guérit pas et l'amant ne veut pas qu'elle guérisse.

Mais le roman n'est pas une simple illustration doctrinale : il est aussi une enquête sur les limites de ce modèle. L'amour de Lancelot est adultère, il met en péril l'honneur de la reine et l'ordre de la cour ; il conduit le meilleur chevalier du monde à se rendre volontairement ridicule ; et Chrétien lui-même prend ses distances dans le prologue, puis refuse de raconter la nuit d'amour. Les sujets de dissertation associés interrogent le plus souvent cette tension : l'amour courtois grandit-il ou aliène-t-il celui qui s'y soumet ? Le roman invente-t-il l'amour, ou seulement une façon d'en parler ? Le sentiment est-il compatible avec l'ordre chevaleresque ?

Personnages

  • Lancelot du Lac — Le chevalier de la charrette. Longtemps anonyme, il est le meilleur chevalier du monde et l'amant parfait : il accepte l'infamie, la douleur et le ridicule pour Guenièvre. Élevé par une fée, il porte un anneau qui déjoue les enchantements. Sa perfection tient moins à sa force qu'à sa capacité d'obéissance absolue.
  • La reine Guenièvre — Épouse d'Arthur et dame de Lancelot. Enlevée par Méléagant, elle est l'objet de la quête et le juge du roman : c'est elle qui prononce le nom du héros, qui lui reproche ses deux pas, qui l'éprouve au tournoi et qui lui accorde le pardon. Son exigence est sans concession, et sa souffrance, lorsqu'elle le croit mort, révèle la profondeur de son sentiment.
  • Méléagant — Fils du roi Bademagu, ravisseur de la reine. Violent, orgueilleux, déloyal — il tend un piège à Lancelot et le fait murer vivant. Il incarne tout ce que la courtoisie n'est pas, et son père ne cesse de le désavouer.
  • Bademagu — Roi de Gorre, père de Méléagant. Sage, courtois, hospitalier : il conseille à son fils de rendre la reine, protège Lancelot, soigne Keu, et prononce sur l'orgueil de son fils la leçon morale la plus explicite du roman.
  • Keu — Sénéchal d'Arthur. Son chantage — le « don contraignant » — déclenche toute l'intrigue. Vaincu et blessé, aigri par l'échec, il accueille froidement celui qui a réussi là où il a échoué, et se retrouve accusé d'adultère par le sang trouvé sur les draps.
  • Gauvain — Neveu d'Arthur et modèle de la chevalerie courtoise ordinaire. Il refuse la charrette, choisit le pont le moins périlleux, et échoue : il sert de mesure. Ce qu'un excellent chevalier ne peut pas faire, l'amant, lui, l'accomplit.
  • Le roi Arthur — Souverain lié par sa parole, spectateur impuissant de l'enlèvement de sa femme. Sa faiblesse rend la quête nécessaire.
  • La sœur de Méléagant — La demoiselle à qui Lancelot avait donné la tête du chevalier vaincu. Elle tient sa promesse de récompense en le délivrant de la tour et en le soignant : le roman rappelle ainsi que la parole donnée finit toujours par se payer.

Thèmes

L'amour et la honte

Tout le roman tient dans cette tension. L'amour parfait exige que l'on renonce à l'honneur, valeur suprême du chevalier ; et le monde, lui, ne pardonne pas cette renonciation — les habitants se moquent, les jeunes gens interrompent leurs jeux, les adversaires insultent. Lancelot est grand précisément de ce qu'il accepte d'être méprisé.

L'obéissance et le service

La fin'amor calque la relation amoureuse sur la relation féodale : l'amant est le vassal de sa dame. D'où l'arrêt du combat sur un mot de la reine, en pleine victoire, et le tournoi combattu « au pire ». L'obéissance n'est pas une faiblesse mais la preuve la plus haute que le roman puisse donner d'un amour parfait.

La parole donnée

Le « don contraignant » de Keu déclenche l'intrigue ; la promesse faite à la demoiselle du carrefour la relance ; celle faite à la jeune fille qui réclame une tête met Lancelot en dilemme ; la parole donnée au sénéchal le ramène en prison. Dans ce monde, on tient sa parole avant de tenir à sa vie, et Chrétien tire de cette contrainte l'essentiel de ses péripéties.

L'épreuve et le secret

Les personnages ne cessent de s'éprouver mutuellement : la demoiselle qui simule une agression, la reine qui commande de combattre au pire, le cimetière qui désigne l'élu. Et ce qui est éprouvé doit rester caché : le nom du héros, l'amour des amants, la nuit passée ensemble que le narrateur refuse de raconter. Le secret est la condition de survie de cet amour.

Le merveilleux et l'élection

Lance enflammée, dalle impossible à lever, lions illusoires, anneau de fée : le merveilleux désigne l'élu plutôt qu'il n'effraie. Il installe le héros dans un ordre à part, où les lois communes ne s'appliquent plus.

Situer l'œuvre

Le Chevalier de la charrette est le troisième des cinq romans arthuriens de Chrétien de Troyes, après Érec et Énide et Cligès, avant Le Chevalier au lion et Le Conte du Graal. Il aurait été composé en même temps que Le Chevalier au lion, avec lequel il partage des épisodes croisés.

C'est l'œuvre qui fait entrer Lancelot dans la littérature comme amant de la reine — un couple dont toute la matière arthurienne ultérieure héritera, jusqu'au Lancelot en prose du XIIIᵉ siècle et, de là, jusqu'aux réécritures modernes. La commande de Marie de Champagne inscrit le roman dans le milieu qui théorise alors l'amour courtois, celui d'André le Chapelain et de la lyrique des troubadours : Chrétien y transpose en récit ce que la poésie chantait.

Reste l'énigme du texte inachevé, confié à Godefroi de Lagny. Chrétien a-t-il abandonné un sujet qu'il n'approuvait pas, comme le suggère la réserve de son prologue ? La question est ouverte, et elle fait partie de ce que l'œuvre donne à réfléchir.

Citations pour le bac

Le temps seulement de deux pas / Le Chevalier hésite à y monter.

L'épisode de la charrette

À mobiliser pour : l'hésitation fondatrice, faute que la reine lui reprochera jusqu'au dénouement.

L'homme de la charrette est plongé dans sa méditation en homme sans force et sans défense envers Amour qui le gouverne.

Le gué gardé

À mobiliser pour : la rêverie amoureuse qui dépossède le chevalier de lui-même.

Penser lui plaît, parler l'ennuie. Amour lui rouvre souvent la plaie qu'il a faite.

Sur la route, après le gué

À mobiliser pour : l'amour comme blessure inguérissable, motif hérité de la lyrique courtoise.

Amour qui le conduit et mène, lui faisant trouver douce cette souffrance.

La traversée du Pont de l'Épée

À mobiliser pour : la douleur consentie et transfigurée par l'amour.

Celui qui aime se montre obéissant et s'empresse de se conformer, s'il est parfait, au désir de son amie.

Le premier duel contre Méléagant

À mobiliser pour : l'obéissance absolue à la dame, cœur du code de la fin'amor.

Elle aurait dû mettre cela au compte de l'Amour car c'en est la pierre de touche. C'est ainsi qu'Amour met les siens à l'épreuve.

Lancelot croyant la reine morte

À mobiliser pour : l'amour conçu comme épreuve qui éprouve et révèle.

Voyez, voyez le chevalier qui fut emmené sur la charrette ! Que personne ne participe à des jeux tant qu'il sera là !

Le terrain de jeu

À mobiliser pour : l'infamie sociale attachée à la charrette, que Lancelot traîne tout au long du roman.